Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

02/02/2011

Hommage à Cécil Guitart

Nous publions sur notre blog l'hommage à Cécil Guitart consultable sur le site national. Il nous paraît indispensable de relayer sur notre blog régional cet hommage très mérité, tant Cécil Guitart a joué un rôle important dans la vie des bibliothèques de notre région, à la fois comme directeur de la bibliothèque municipale de Grenoble, et comme initiateur de la coopération régionale dans le domaine du livre et des bibliothèques (BRASIL, ORAL, REDOC...).

 


 

Cécil Guitart (1944-2010)

Le Bureau national de l’ABF s’incline devant la mémoire de Cécil Guitart, décédé brutalement le 12 décembre 2010. Créateur de la section discothèque de la bibliothèque d’application de Massy et à l’origine de l’option musique du CAFB au début des années 1970, créant au passage une sous-section des discothécaires à l'ABF, il a dirigé de 1974 à 1982 le réseau des bibliothèques de Grenoble auquel il a donné une impulsion décisive avant de travailler à la Drac Rhône-Alpes puis à la Direction du livre et de la lecture. Créateur de Médiat Rhône-Alpes, il aura été aussi DRAC en Auvergne et chargé de mission au Pôle européen universitaire et scientifique de Grenoble. Cet infatigable militant de la lecture publique, attaché aux publics qui peuvent en être les plus éloignés, fut aussi président de Peuple et culture et maire-adjoint de Grenoble de 2001 à 2008. Il avait entrepris la rédaction d’une trilogie dont les deux premiers tomes sont parus : Tutoyer le savoir et Transmettre le savoir. Le troisième devait s’intituler Droits de la culture et du savoir. Vous serons fidèles à son dynamisme visionnaire si nous faisons avancer cette cause.

 

Cécil GuitartCécil, il y a bientôt quarante ans, tu débarquais à la bibliothèque de Massy. Tu sortais juste de l’ENSB, c’était ton premier poste… Et nous t’avons confié la discothèque, qui n’avait pas encore ouvert ses portes. Tout était à créer. Et à concevoir comme un service d’éveil et d’animation, bien que nos architectes l’aient reléguée tout au fond d’un long couloir, après les bureaux de direction, au-delà des salles de réunions et de lecture ! Officiellement bibliothèque d’application de l’ENSB, Massy se devait d’être promoteur d’innovations, un levain dans la pâte d’une profession qui en mutation – et cela te convenait : très vite tu impulsas la création de la sous-section des discothécaires au sein de l’ABF et participa à la réforme du CAFB de 1974 qui vit l’ouverture d’une option « discothèques et bibliothèques musicales ». Mais tu n’oubliais pas le public de Massy, lui offrais des collections diversifiées, et marquais par tes initiatives la vie de notre salle de conférence. Et surtout tu étais à l’écoute de l’aspiration culturelle qui peut jaillir d’une attente, très loin d’un savoir normalisé : je t’ai vu passer des nuits en compagnie de jeunes du « Grand ensemble », un peu à la dérive, avec qui tu t’efforçais de monter un concert à leur mesure.
Trop vite, Bernard Gilman vint t’enlever à l’équipe de Massy pour te confier la Bibliothèque de Grand’Place à Grenoble. Mais jamais nous n’avons oublié ta chaleur communicative, ton enthousiasme militant, ta volonté d’abolir les barrières. D’autres ont dit et diront encore comment tu poursuivis une brillante carrière dans le monde des bibliothèques et du savoir partagé, de celui que l’on tutoie ensemble. Moi je retiendrai, nos dernières conversations sur l’Afrique, et quand je passerai par Dapaong (Togo) ou Ouagadougou (Burkina), j’irai voir ce que deviennent les bibliothèques dont tu fus, grâce à la Communauté Urbaine de Grenoble, l’un des instigateurs. « Les morts restent jeunes » : Tu es de ceux qui savent rester jeunes et tu le resteras toujours pour nous.
Jacqueline Gascuel

 

la dernière tâche : entre les mains vides
élever une tour de rien au bord de l'abîme
Roberto Juarroz


quoi donc s'est passé
on n'arrive pas à savoir quoi
mais c'est bien là
subrepticement
telle une pensée sauvage
jusqu'à creuser un gouffre
dans la perception de la réalité

y aura-t-il encore un lever de soleil
tu acceptes ta fragilité
mais tu regardes plus loin qu'elle
nous devons prendre la mesure
de ta disparition
tant d'élans, tant de failles
c'est un point de non-retour

depuis le 12 décembre
ton absence s'impose
quelle douleur encore cachée
quels mots mettre sur les plaies
par-delà le non-sens
corps dénoué,corps défait
méconnaissable,coeur dévasté

malgré l'usure des mots
humble lueur de ton nom
jusqu'à vaciller et se creuser
soudain tu sembles égaré
très seul et méconnaissable

nos pensées titubent ahuries
quel fil invisible nous tire
vers le haut,quel élan
quelle harmonie
tu ne te soucies plus des apparences
nous suivons tes traces
quand les mots savent se taire

Jean-Claude Annezer
Toulouse,25 décembre 2010

 

Toujours en avance, Cécil Guitart, notre ami, est parti ce dimanche 12 décembre 2010. Trop tôt bien sûr. Il nous servait de référence critique depuis que nous fréquentions la scène et les coulisses des bibliothèques. D’abord à Massy, où il dirigeait le département discothèque qu'il avait créé avec Jacqueline Gascuel, puis à Grenoble où il conduisit le projet de Grand-place avant de devenir directeur des bibliothèques. Il sut y fédérer les énergies d’une équipe dynamisée par la politique progressiste d’une municipalité particulièrement active dans le domaine culturel et celui de la mixité sociale. On doit lui associer ici la mémoire de René Rizzardo, et dire ce qu’il doit à Peuple et Culture. Faisant preuve d’une activité débordante, qui tranchait il faut le dire avec la quiétude des salles de catalogage, Cécil a beaucoup contribué à la modernisation de l’image des bibliothécaires notamment auprès des élus. Si bien qu’avec l’arrivée de la gauche en 1981 il a été un peu moins difficile de montrer quelle pouvait être la place des bibliothèques et au-delà, celle du livre et de la lecture dans le processus d’éducation populaire, de développement culturel et de partage de l’information. En un mot leur rôle dans l’espace démocratique. Autant de valeurs que nous continuons de partager aujourd’hui, grâce à son rôle formateur, prônant l’interrogation permanente de nos idées et de nos méthodes. Devenu l’un des tous premiers conseillers pour le livre et la lecture, la région Rhône-Alpes lui servi de nouveau champ d’action. Fervent décentralisateur, il organisa les premiers modèles de coopération entre professionnels des bibliothèques et du livre et sut s’attirer les complicités de l’administration centrale avec Jean Gattegno. Son passage à la DLL fut bref mais décapant. Peu amateur des arcanes ministériels et n’appréciant que peu l’esprit courtisan, il retourna sur le terrain comme Drac en Limousin puis comme directeur du musée des Arts africains et océaniens, avant que celui ci ne disparaisse au sein de celui des Arts premiers. Cécil a toujours aimé se frotter au corporatisme et au dogmatisme, et il faut bien reconnaître qu’il y avait de quoi faire! Revenu à Grenoble, sa ville, au Pôle européen, préfiguration de la coopération inter-universitaire, il a naturellement investi le champ électoral, lui qui était déjà d’une certaine façon dans le champ politique, comme adjoint au maire de Grenoble, chargé du développement culturel et solidaire de 2001 à 2008. De temps en temps il est bon que quelqu’un comme lui vienne un peu nous secouer.
Cécil tu vas nous manquer....Salut et fraternité.
Gérard Briand et Jean-François Jacques

 

Les commentaires sont fermés.